De Eve Sullivan avec Jamesa Wagwau et Aya Isumi, 12 décembre 2016: Quand de jeunes enfants crient leur détresse, bien qu'il soit facile de dire qu'ils ont besoin de quelque chose, les parents ou les tuteurs peuvent ne pas reconnaître tout de suite de quel réconfort ou satisfaction l'enfant a besoin. Les enfants en âge d’aller à l’école font aussi connaître leurs besoins, habituellement avec des mots, bien que parfois ils le fassent en se plaignant ou en faisant des scènes. Les adolescents malheureux projettent leur détresse sur eux-mêmes: l’automutilation et la toxicomanie sont leurs cris silencieux. Des jeunes désespérés, même des enfants de dix ans, selon le U.S. National Runaway Safeline, se sentent comme au bord du précipice et quittent leur maison.

Tous les enfants ont des parents, ou à un moment donné ont eu des parents, et presque tous ont eu quelqu'un dans leur vie qui joue le rôle de parent. Quels plaidoyers d'orientation et de soutien les parents et les tuteurs ont-ils exprimés au cours des années conduisant au mauvais comportement d'un enfant, à une défiance frontale ou, pire encore, au suicide? Lorsque les parents demandent de l'aide - et beaucoup d'entre eux ne réalisent pas assez tôt qu'ils ont besoin de conseils ou d'aide pour élever leurs enfants - l'obtiennent-ils? La réponse, malheureusement, est trop souvent «non».

Nous vous demandons de vous inscrire à notre appel, ci-dessous, pour l'éducation parentale universelle et espérons que vous le partagerez largement!

Dans une publication de la Communications Initiative, le Drum Beat, de 2006, deux d'entre nous avions appelé les décideurs et les fournisseurs de programmes à plus Ecouter les Parents mais ces dix dernières années, très peu a changé. Les services sociaux traitant des problèmes familiaux se concentrent le plus souvent sur un groupe particulier - les parents adolescents ou les parents en instance de divorce, par exemple - ou sur un problème particulier - les parents d'enfants handicapés ou les parents qui ont eux-mêmes des problèmes de santé mentale ou impactant leur comportement.

La participation des parents devient, heureusement, la norme dans les programmes sur la petite enfance et de l'éducation des enfants en bas âge, mais il est clair que l'éducation parentale demeure notre point faible collectivement. Une publication récente de la U.S. Education Commission of the States, K-3 Policymakers Guide to Action: making the early years count ne mentionne pas une seule fois l’éducation des parents.

Un projet de recherche au Japon, sur la maltraitance des nourrissons, fait avec la participation d’une d’entre nous et publié dans le Journal of Child Abuse and Neglect, a constaté que des stratégies fondées sur la population et qui ciblent tous les parents et les soignants sont nécessaires pour prévenir les pratiques de secouer et étouffer l’enfant. Le plus grand facteur de risque pour ces pratiques est les pleurs des enfants. Les chercheurs ont trouvé, par exemple, que ce genre de maltraitance des nourrissons peut se produire chez les parents et les soignants, même indépendamment de leurs propres expériences négatives (ACES : adverse childhood expériences). Ils ont conclu que ce problème, le syndrome du «bébé secoué», est différent d’autres genres de maltraitances et doit être combattu par des moyens spécifiques pour tout parents et soignants et à tous les niveaux socio-économiques.

Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps pour mettre en place une approche globale et durable de l'éducation parentale et à la vie familiale. Un signe d’espoir est cette publication de 2016 de US National Academies Press, Parenting Matters: Supporting Parents of Children Ages 0-8 qui précise que l'éducation des parents et leur soutien doivent être universels pour toucher tous ceux qui peuvent en bénéficier et éviter de stigmatiser ceux qui y participent. 

La recherche montre clairement que les programmes qui ciblent les parents, sur les questions et préoccupations qui les intéressent, bénéficient directement aux enfants. Une publication en date de 2015 de l'UNICEF, Family and Parenting Support: Policy and Provision in a Global Context qui traite de programmes dans neuf pays et décrit l'impact de l'éducation parentale en Croatie. Cette recherche montre une réduction des châtiments corporels et de la violence verbale, ainsi qu’une augmentation de la confiance des parents dans leurs capacités à être parents. Une bonne nouvelle pour les parents et les enfants!

Voici donc Notre Appel:

L'éducation parentale et l'éducation à la vie familiale doivent être fournie comme des offres essentielles et universellement accessibles afin de soutenir notre intérêt commun: améliorer le bien-être des individus et de la communauté.

. . . c’est-à-dire . . .

L'éducation parentale et à la vie familiale doit être fournie par les organismes gouvernementaux, les entreprises et les organisations issues de la société civile – dans le cadre de la programmation liée à l'éducation et au travail, en tant qu'initiatives de santé publique et dans les programmes de santé : physique, mentale et comportementale – comme des offres essentielles et universellement accessibles. Ces services, soutenus régulièrement par des campagnes médiatiques positives, favoriseront la solidarité intergénérationnelle, l'égalité sociale et économique liée au genre et contreront la violence profonde qui envahissent de nombreuses communautés, afin de soutenir notre intérêt commun: améliorer le bien-être des individus et de la communauté.

Au début du mois de décembre 2016, les magazines Time et Fortune ont invité un groupe de dirigeants du secteur privé à une rencontre avec le pape François à Rome «pour forger un nouveau pacte social pour le XXIe siècle», selon Nancy Gibbs, la rédactrice de Time. Nous espèrons que l'éducation parentale était à l’ordre du jour! Si le cœur de l'expérience familiale est le lien émotionnel qui existe entre les parents et les enfants, comme nous le croyons, alors la promotion de la conscience émotionnelle doit être notre première priorité, à la fois comme individus et comme sociétés. Il est évident que les entreprises reconnaissent la pertinence de cette question pour le succès économique, comme Daniel Goleman l'a écrit dans On Emotional Intelligence, une sélection de Harvard Business Review’s 10 Must Reads (2015).

Compte tenu du fait que les mécanismes de formulation de politiques et de programmes évoluent lentement, tout comme ceux des subventions, nous lançons un appel à  tous et à toutes - parents, grands-parents, tantes et oncles - à commencer dès aujourd’hui à s’encourager et à se soutenir mutuellement. Le soutien par les pairs, un élément essentiel de tout programme efficace d'éducation parentale, peut et doit être notre première étape.

Jeffrey D. Sachs, le Directeur du Centre pour le Développement Durable, dans une séries de publications dans le Boston Globe sur les défis importants, demande des solutions collaboratives pour répondre aux besoins urgents de la société. La négligence et la maltraitance des enfants constituent bien un défi important qui érode les fondements même de la vie des individus et de la communauté. Il peut être résolu par un soutien positif apporté à chaque parent, quelque chose que chacun de nous peut offrir aux parents que nous connaissons.

Merci de publier Notre Appel sur vos sites Web personnels et organisationnels, de le partager également via les réseaux sociaux, sur votre lieu de travail et dans votre entreprise, sur vos lieux de culte et dans les associations sportives dans votre communauté.

Dites un mot gentil aux parents que vous rencontrez tous les jours et, si vous êtes parent, que vous ayez ou non des difficultés, demandez des ressources pour les parents. Vos enfants vous remercieront, peut-être pas tout de suite, mais sans doute quand ils deviendront parents eux-mêmes.

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Eve Sullivan, Fondatrice, Parents Forum, Cambridge, Massachusetts (M.A.T., French, Harvard Graduate School of Education, Cambridge, Massachusetts) bit.ly/2h6dY4d eve@parentsforum.org

Jamesa Wagwau, Educateur, The FACE Non-violent Leadership Program at Centre for Non-Violence, Fort Wayne, Indiana (M.A., Educational Psychology, with a focus on Child Development and Family Studies, West Virginia University, Morgantown, West Virginia) wagwau.jamesa@gmail.com

Aya Isumi, Chercheur, Tokyo Medical and Dental University -et- Member du Conseil Administratif, Child First Lab., Tokyo, Japan (Ph.D., International Public Policy, Osaka University -et- M.S., Human Development and Family Studies, North Carolina State University, Raleigh, North Carolina) a.isumy@gmail.com